| Mes chers amis,
Nous sommes réunis en ce jour pour faire mémoire
de ceux qui, au cours de la dernière grande guerre mondiale, ont
été déportés dans des camps, et ne sont jamais
revenus.
Si nous faisons mémoire de ces hommes défigurés,
humiliés, torturés et massacrés, parfois pour le
seul motif de leur race ou de leur conviction, c’est que leur humanité
a été bafouée, méprisée. C’étaient
des hommes et des femmes dont le seul crime était de vouloir rester
debout. Pour parvenir à leurs fins, leurs bourreaux commençaient
par les déshumaniser par toutes les formes physique et psychologiques
de la torture. Car comment tuer un enfant ou une vieille femme innocente
? Il faut beaucoup d’idéologie pour rendre ainsi possible
ce crime. Tous sont morts au nom d’une barbarie.
Et il convient en ce jour de faire particulièrement mémoire
de tous les civils qui se sont engagés dans la résistance
pour lutter contre le mensonge, souvent au prix de leur vie. Entre la
peur et la liberté, ils ont choisi la liberté de leur conscience,
au risque de leur vie. Nous savons la difficulté qu’ont eue
nos parents, nos grands parents, à choisir en 1940, 1941 ou 1942.
C’est à l’intérieur de chaque famille, au sein
de chaque conscience même que ce terrible choix a été
fait : que choisir ? servir l’ennemi, avec la complicité
inique de certaines autorités publiques et religieuses, ou choisir
l’honneur et la liberté et courir un risque absolu pour soi
même et pour les siens. Voilà la résistance. Voilà
le terrible dilemme.
C’est avec beaucoup d’humilité que nous contemplons
aujourd’hui ces destins simples et héroïques. Et nous
savons que ceux qui ont fait le choix de la résistance et de la
liberté, ceux qui sont morts pour cela, nous ont laissé
plus encore que leur vie d’homme libre : ils nous ont laissé
la conviction que l’on peut miser sur les hommes, que l’on
peut croire en leur courage, en leur engagement pour le bien commun. Nous
faisons aujourd’hui particulièrement mémoire de Monsieur
Henri Haulot, habitant de Seine-Port, membre du réseau local de
résistance du docteur Limoge, qui fut arrêté en juin
44, déporté puis exécuté. Avec les communes
de Saint Fargeau Ponthierry et de Nandy, et je salue ici particulièrement
la présence du maire de Saint Fargeau Ponthierry et des anciens
combattants de ces communes qui nous ont rejoint aujourd’hui pour
nous souvenir d’Henri Haulot. A l’issue de cette cérémonie,
en présence de sa famille, nous dévoilerons une plaque commémorative
sur la maison qui fut la sienne, à quelques pas d’ici.
Ce témoignage doit nous encourager aujourd’hui à combattre
sans relâche toutes les compromissions, même petites, à
tout ce qui bafoue l’homme, dans le respect des croyances de chacun,
mais unis par cette conviction que ce qui nous définit le plus,
ce pour quoi nous sommes aujourd’hui encore prêts à
donner notre vie, c’est la liberté et l’honneur. Nous
n’oublierons pas en ce jour que dans de nombreux endroits de notre
monde, aujourd’hui et maintenant, des hommes et des femmes font
ce choix radical de la liberté au péril de leur vie.
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Henri Haulot est né le 13 mai 1899 à
Paris. Il passa une partie de son enfance à la «Chesnaie»
où ses parents assuraient la fonction de gardien de la propriété
devenue aujourd’hui l’école communale.
Marié et père de six enfants, et plusieurs de ses enfants
sont présents ce matin devant cette plaque commémorative,
il tenait une échoppe de sabotier en 1941, dans cette maison, cette
même maison où il sera arrêté trois ans plus
tard.
Il entre dans la résistance en 1941, au sein du réseau FTPF
de Ponthierry dirigé par le docteur Limoge. Il participe à
différentes actions contre l’occupant en qualité de
chef de groupe de Seine-Port.
En mai 1944, il récupère avec son groupe un aviateur américain,
le lieutenant William Gibon, abattu au dessus de Nandy alors qu’il
participait au bombardement de l’aérodrome de Villaroche.
Il conduit l’aviateur chez Albert Beaufils à Ponthierry qui
l’accompagne chez Clément Mellec pour lui permettre ensuite
de rejoindre les alliés par une filière de la résistance.
Peu de temps après, Albert Beaufils est arrêté sur
dénonciation. C’est le 14 juin 1944. Henri Haulot est arrêté
à son tour le 16 juin 1944, 10 jours après le début
du débarquement des forces alliés en Normandie. Henri Haulot
est conduit à la commandantur, installé au château
rue de Seine, à Seine-Port. Il y subit un premier interrogatoire.
Emmené ensuite devant la gestapo, ces deux résistants, Albert
Beaufils et Henri Haulot, sont torturés à Melun, puis à
Fontainebleau. Ils ne parlerons pas, ne livrerons pas les noms de leur
camarade de résistance.
Henri Haulot est déporté à Dachau, puis transféré
au camp de Neuengamme près de Hambourg. Il y meurt le 28 novembre
1944.
Henri Haulot a été décoré à titre posthume
de la médaille militaire, de la croix de guerre avec palme, de
la médaille de la résistance et de médaille américaine.
Nous sommes réunis devant sa dernière demeure familiale
à Seine-Port et faisons mémoire de son grand témoignage.
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